Le stock-picking est probablement la méthode la plus stimulante, et peut-être la plus « romantique », d’investir en Bourse. On choisit des actions sur lesquelles on a des convictions, parfois même des entreprises dont on est client. Pourtant, la plupart des investisseurs ne suivent pas de logique assez rigoureuse lorsqu’ils pratiquent le stock-picking. C’est ce qui explique pourquoi beaucoup finissent par perdre de l’argent.
Pourquoi c’est important ? Parce que la majorité des investisseurs perdent de l’argent. Par exemple, de nombreuses études indiquent qu’entre 70 % et 90 % des traders de détail & petits porteurs (ceux qui achètent / vendent fréquemment des actions ou des produits à effet de levier) finissent par être en perte. Même les investisseurs à plus long terme, sans suivre une stratégie rigoureuse, risquent de sous-performer le marché ou d’être surpris par des risques qu’ils n’avaient pas anticipés.
Dans cet article, nous allons vous proposer une méthode simple et éprouvée, utilisée par des milliers d’investisseurs, pour éviter d’investir à l’aveugle. Elle repose sur des critères clairs qui permettent de sélectionner des actions avec un véritable potentiel — et pas seulement celles dont le cours semble monter. L’enjeu : ne pas subir la volatilité ou les baisses du marché sans comprendre ce que l’on possède.
Les critères essentiels pour analyser une action
Pour évaluer si une action mérite sa place dans un portefeuille, plusieurs indicateurs simples peuvent être suivis :
- Le Price-Earnings Ratio (PER) mesure le rapport entre le cours de l’action et ses bénéfices. Un PER inférieur à 12 peut signaler une action encore raisonnablement valorisée, tandis qu’un chiffre trop élevé laisse penser à une surévaluation.
- La croissance du chiffre d’affaires reflète la capacité d’une société à rester compétitive et à gagner des parts de marché.
- La Rentabilité sur fond propres – Return on Equity (ROE) exprime la rentabilité des fonds propres. Un niveau supérieur à 10% est souvent un signe de bonne gestion.
- Le dividende : en plus de la valorisation de l’action, de nombreuses sociétés suisses distribuent une partie de leurs bénéfices aux actionnaires. Un rendement stable et régulier représente une source de revenus importante. Il est toutefois essentiel de vérifier que ce dividende est soutenable, c’est-à-dire financé par des bénéfices réels et non par de l’endettement.
- La solidité du bilan, notamment le niveau d’endettement, reste déterminante. Une entreprise trop endettée s’expose à des risques accrus en période de ralentissement économique.
Comment calculer le Price-Earnings Ratio (PER)
Le PER (Price-Earnings Ratio), ou ratio cours/bénéfices, est l’un des indicateurs les plus utilisés en bourse. Il permet de comparer le prix d’une action avec les bénéfices réalisés par l’entreprise.
Le bénéfice réalisé correspond au profit net d’une entreprise après avoir payé toutes ses charges (salaires, matières premières, impôts, intérêts, etc.). Pour l’investisseur, il se traduit par le bénéfice par action (BPA), généralement indiqué dans les rapports financiers de l’entreprise ou sur les sites spécialisés en bourse.
La formule
Exemple
Si une entreprise cote à 100 CHF et que son bénéfice par action (BPA) est de 10 CHF, alors :
👉 Le PER est donc de 10. Cela signifie que l’investisseur paie 10 CHF pour chaque franc de bénéfice généré par l’entreprise.
Interprétation
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PER bas (<12) : l’action peut être considérée comme sous-évaluée (value), mais il faut vérifier que ce n’est pas dû à des difficultés de l’entreprise.
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PER élevé : cela traduit souvent une attente de forte croissance future, mais aussi un risque de surévaluation.
Stock-picking : Valeur et valeur défensive
Lorsque l’on analyse des actions, on distingue souvent deux grandes catégories :
- Une action « value » : un titre considéré comme sous-évalué par rapport à ses fondamentaux, offrant théoriquement un potentiel de croissance intéressant.
- Une valeur défensive : une entreprise active dans un secteur peu sensible aux cycles économiques (alimentation, santé, services de base). Ces actions offrent généralement un dividende régulier et une meilleure stabilité en période d’incertitude.
En tant qu’investisseur, vous pouvez privilégier l’une ou l’autre de ces approches en fonction de vos objectifs, ou combiner les deux pour renforcer la résilience de votre portefeuille. Pris ensemble, ces critères aident à limiter les risques tout en cherchant de bonnes opportunités.
Exemple pratique : Nestlé
Pour illustrer ces principes, prenons l’exemple de Nestlé, fleuron national côté au SMI. L’entreprise est souvent classée comme une valeur défensive grâce à son positionnement dans l’alimentation et sa politique de dividende régulière.En 2024, son PER se situe autour de 17 à 18, ce qui dépasse le seuil recherché par les investisseurs « value ». Du côté des revenus, Nestlé affiche une croissance régulière, portée par ses activités phares comme Purina et Nespresso. Son ROE dépasse généralement les 12%, confirmant une rentabilité solide.
Dividendes et rendement total de Nestlé
Nestlé verse un dividende stable et croissant depuis plusieurs années. Voici un résumé de l’évolution des dividendes et du prix de l’action sur 5 ans :
On observe une décorrélation entre le prix de l’action et l’évolution du dividende : alors que le cours a reculé, le dividende a continué de progresser année après année.
- Prix de l’action en 2019 : CHF 104.78
- Prix actuel (2024) : CHF 74.88
- Dividendes cumulés versés (2019–2024) : environ CHF 17.25 par action
Performance sans dividende
Performance avec dividende
Stock-picking : d’autres points à surveiller
Au-delà des ratios financiers, d’autres aspects financiers et non-financiers doivent entrer en compte pour choisir ses actions :
- La dette : une entreprise trop endettée est plus vulnérable aux hausses de taux et présente un profil plus risqué.
- La qualité du management : une gouvernance solide est souvent un gage de stabilité et d’innovation sur le long terme.
- Le secteur d’activité : certains domaines sont plus cycliques (technologie, luxe) tandis que d’autres sont plus stables (santé, consommation de base).
Une analyse purement financière ne suffit pas à saisir toute la réalité d’une entreprise. Comprendre ses produits, son marché, sa stratégie et même son image de marque est essentiel pour compléter la vision donnée par les chiffres. Une société peut afficher de bons ratios financiers à court terme mais rester vulnérable si son modèle économique est fragilisé ou si ses produits perdent en pertinence. À l’inverse, une entreprise innovante et bien positionnée dans son secteur peut justifier un PER élevé grâce à ses perspectives de croissance.
Conclusion
Le stock-picking reste une stratégie exigeante, mais enrichissante. En regardant les bons indicateurs – PER, croissance, ROE, dividende, dette – il est possible de repérer des actions solides sur différents marchés (Suisse, Europe, États-Unis…). L’exemple de Nestlé montre que même une valeur défensive n’est pas à l’abri d’une baisse de cours, mais que les dividendes apportent une protection précieuse.
Pour les investisseurs, l’important est de garder une approche disciplinée, d’analyser plusieurs critères avant d’acheter, et de voir chaque action comme une part de l’entreprise, et non seulement comme un prix qui monte ou descend.